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Le Green IT : faisons de cette transition une opportunité de s'épanouir !

Mis à jour : juil. 17

Nicolas, intégrateur et designer chez Cardiweb, nous parle d'une autre passion : celle de l'éco-conception et du Green IT.




Le Green IT, ou l’informatique durable, est un concept assez récent. Peux-tu nous le définir ?

Il est difficile de dater sa naissance, mais on voit beaucoup d’occurrence du terme Green IT depuis une dizaine d’année. Depuis environ 5 ans, on préfère le terme de « Numérique Responsable » plus englobant, car il intègre l’impact sur l’environnement, sur la société et sur l’économie de long terme. Ce terme s’inscrit dans une politique RSE globale.

Techniquement, il s’agit de réduire les impacts négatifs des activités numériques sur l’ensemble du cycle de vie d’un produit ou d’un service.




Comment expliques-tu la naissance de ce concept ?

D'après l'ADEME le numérique représente 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre et pourrait passer à 8% d’ici 2025. Environ 25% de ces émissions pour le stockage des données, 28% pour les flux dans le monde et 47% pour la fabrication des terminaux, ordinateur, smartphone, objets connectés. Il y a 16 milliards d’objets connectés à ce jour et les experts en projettent 47 milliards en pour 2030. De plus, le numérique génère d’autres pollutions, par exemple on estime que 70 à 90% des déchets d'équipements électriques et électroniques ne suivent pas les filières de recyclage réglementées. Et seule une petite partie des composants de ces équipements est recyclable à ce jour.


Quand on regarde ces chiffres, on réalise qu’il faut faire du numérique autrement.


Pour quelle(s) raison(s) est-ce devenu, ou cela doit-il devenir, une préoccupation majeure pour la société ?

C’est le dérèglement climatique et la chute de la biodiversité qui sont devenus les préoccupations majeures dans l’opinion publique. La société demande des alternatives et les politiques s’alignent lentement mais sûrement sur ce souhait. Les acteurs économiques directement liés aux émissions comme les producteurs d’énergies fossiles sont les premiers impactés économiquement. Ainsi, leurs subventions sont menacées, leur permis d’extraire refusés, enfin ils croulent sous des avalanches de normes environnementales réduisant leurs marges. Suivent les fabricants de véhicules thermiques, des compagnies aériennes, le BTP, l’agriculture, etc… à quand pour le numérique ? Nous avons en France la Loi pour une République numérique... un jour elle imposera des normes que nous devons anticiper.


Quel rôle les entreprises tech doivent-elle jouer dans le déploiement du Green IT et comment peuvent-elles faire ?

Les entreprises de l’IT ont un rôle prescriptif sur les technologies qu’elles proposent et sont aussi consommatrices de services tiers.

Comme pour toutes les innovations on retrouve différentes phases d’adoption : Inventeurs > Adopteurs précoces > Majorité précoce > Majorité tardive > Retardataires. Il faut distinguer des innovations précises dont certaines sont déjà en train de devenir une norme, par exemple l’approvisionnement des serveurs en énergies renouvelables, du numérique responsable dans son ensemble, où nous n’en sommes qu’à la phase d’exploration.

Mais si on regarde la croissance très rapide du numérique en émission de gaz à effet de serre et l’urgence climatique, on a intérêt à ce que l’adoption du numérique responsable soit encore plus rapide.

Malheureusement pour le moment il n’y a pas d’aide pour faire cette transition ni de pénalité à ne pas la faire. C’est une démarche volontaire.


Quelle place doit avoir le Green IT dans un projet tech ? Comment l’intégrer au mieux ?

Etant un peu militant, forcément je répondrais que tout le numérique doit être responsable. Maintenant que l’on soit un client ou un fournisseur, un technicien, une équipe projet ou une entreprise, il faut rester réaliste. Il s’agit plutôt d’une démarche que d’un résultat net. Il faut que les acteurs du numérique ajoutent la dimension de la responsabilité dans leur processus.

Pour cela, il y a l’écoconception. Cette démarche préventive permet de questionner l’impact d’une application ou d’un produit sur l’environnement sur l’ensemble de son cycle de vie, tout en conservant ses qualités d’usage.

Cette dernière fera alors intervenir pléthore d’outil et de techniques pour l’ensemble de la chaine de production, certains existent, la plupart sont encore à inventer. Il n’y a pas encore d’école même si des options écoconception commencent à apparaitre dans certaines écoles. Mais pour nous qui sommes déjà en activité, c'est à nous de découvrir par nous même les bonnes pratiques.


Quels sont les avantages du Green IT pour l’entreprise ? Pour la société ?

Pour les précurseurs il y a beaucoup à gagner : être des référents dans le secteur ce qui amènera évidement des avantages économiques et concurrentiels tandis que les retardataires payeront bien plus quand ils devront changer dans l’urgence au risque d’être obsolètes.

On remarque également que de plus en plus d’ingénieurs veulent un travail avec du sens et un faible impact environnemental. Cela devient donc aussi un critère de différenciation pour recruter : 93% des 18-24 ans en France sont préoccupés par le changement climatique et plus de 32000 étudiants des grandes écoles ont signé un manifeste pour un réveil écologique.


Pour les usagers il y aura beaucoup de changements invisibles puisqu’il s’agit de conserver les propriétés d’usage au maximum, mais pas seulement...


Et pour la société le principal bénéfice c’est la neutralité carbone, si l’industrie du numérique et tous les autres secteurs font tous leur part, nous atteindrons la neutralité carbone en 2050, objectif visé par les accords de Paris et prérequis au maintien de bonnes conditions de vie sur terre pour les générations futures.


Il y a-t-il encore des freins à lever ?

Oui, bien sûr ! Pour les professionnels déjà, cela a un coût car les premiers doivent innover. Mais plus on commence tôt plus on profite des bénéfices. L’expérience a prouvé que lorsqu'une innovation fonctionne les derniers à l’adopter sont ceux qui perdent le plus ou gagnent le moins. Il faut donc convaincre les chefs d’entreprise d’investir en R&D dans ce domaine.

Côté utilisateurs, certaines de ces innovations représenteront un changement d’usage difficile à accepter, en particulier pour notre génération. Par exemple la durée de vie du matériel doit être rallongée tandis que la mode nous pousse à l’inverse : toujours d’après l’ADEME, en trente ans, la durée de vie d’un terminal a été divisée par 3. Et même en perfectionnant notre système de recyclage cela reste des opérations couteuses en ressource. Dans le numérique comme dans les autres domaines nous ne ferons la transition qu’en appliquant la règle des 3 “R”. D’abord Réutiliser, ensuite Réparer et seulement en dernier lieu Recycler. Là aussi l’adoption sera progressive.


Quelles sont les perspectives du Green IT ? Comment le vois-tu évoluer dans le futur ?

C’est un thème qui apparait de plus en plus et devient la préoccupation des grandes entreprises, les conférences ou les talks se multiplient et on voit même naitre des métiers dédiés comme Chief Carbon Officer. Je pense que cela deviendra une discipline reconnue et que l’écoconception deviendra un mot clé et un critère dans les appels d’offre. Des labels comme le “label numérique responsable” sont nés. Dans quelques années je pense que cela deviendra une obligation légale. D’abord pour les entreprises publiques puis celles du privé. Pour respecter les accords de Paris, dans tous les domaines, les entreprises doivent commencer la transition et pour nous c'est le numérique responsable.


N’attendons pas de le faire sous la contrainte, soyons volontaires, faisons de cette transition une opportunité de s’épanouir !



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Sources :

·Ademe : La face caché du numérique

·Livre Blanc Numérique et Environnement

Conseil National du numérique

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